Roberta Paltrinieri – Perle di cultura – La Mystérieuse colonne ophitique de Santa Maria della neve à Quarantoli

Roberta Paltrinieri – Perle di cultura – La Mystérieuse colonne ophitique de Santa Maria della neve à Quarantoli

16 avril 2026 0
Roberta Paltrinieri

Née à Mirandola, elle est titulaire de plusieurs diplômes de Master 2 (M2) de l’Alma Mater Studiorum, Université de Bologne, avec un profil multidisciplinaire d’excellence en philosophie, littérature, histoire et arts.

Elle a fondé son propre Studio Didattico, une private teaching school, où elle a enseigné pendant plus de vingt ans en tant que private tutor and learning coordinator.

Parallèlement à cette activité, elle a exercé pendant quinze ans comme enseignante de matières littéraires dans les établissements publics de la province de Modène.

Au fils des ans, elle a également complété sa formation par des parcours de spécialisations auprès de prestigieuses fondations italiennes.

Ancienne rédactrice de textes d’art et auteure de fascicules thématiques sur divers sujets spécialisés, elle a animé des séminaires et des conférences également à l’étranger sur l’art italien. 

Elle collabore régulièrement à différents titres avec des professeurs d’université en Italie et à l’étranger.   

Elle est chercheuse indépendante, écrivaine et ghostwriter.

Elle a entrepris sa collaboration avec Al Barnardon portée par la conviction que la culture locale, sous toutes ses facettes, de l’art à l’histoire, de la littérature à la philosophie et aux traditions, constitue un patrimoine inestimable qu’il convient de soutenir et de valoriser.

LA MYSTÉRIEUSE COLONNE OPHITIQUE DE SANTA MARIA DELLA NEVE À QUARANTOLI

 

Dans l’église romane Pieve di Santa Maria della Neve à Quarantoli, Mirandola, est conservé un élément architectural remarquable, tant par sa forme que par la rareté de ses exemplaires : une colonne ophitique. La caractéristique qui distingue cet élément original est l’impossibilité de lui attribuer une interprétation univoque, car il est lié à des significations diverses et multiples, y compris ésotériques.

L’église, érigée dès le IXe siècle et documentée depuis 1044, a été entièrement reconstruite selon les canons de l’architecture romane au XIIe siècle à l’initiative de Mathilde de Canossa. Après les restaurations du XVe siècle, l’église fut transformée en 1670 selon le goût baroque, encore visible sur la façade.     

L’édifice actuel est une reconstruction due aux interventions de restauration controversées de l’archiprêtre don Alberto Fedozzi entre 1915 et 1945 ; si celles-ci visaient d’un côté à mettre en évidence les caractéristiques romanes, elles ont de l’autre entraîné des modifications plutôt radicales, telles que le presbytère avec déambulatoire d’inspiration ravennate.

Santa Maria della Neve, Chapiteaux romans

La structure réelle de l’église romane présente un plan basilical à trois nefs avec une charpente apparente, tandis que les murs d’enceinte et les colonnades ont été reconstruits

Santa Maria della Neve, Vue extérieure

Les éléments les plus intéressants appartenant à la phase originelle de la Pieve sont les ornements sculptés : la chaire reposant sur deux télamons en pierre, avec des sculptures romanes encastrées représentant les symboles des quatre Évangélistes, datables entre le XIIe et le XIIIe siècle et attribuées à l’école de Wiligelmo, ainsi qu’une loggia construite avec des chapiteaux à béquille de réemploi sur des colonnettes provenant probablement d’un cloître disparu.  

Santa Maria della Neve, Chaire avec télamons et sculptures

L’autel majeur est particulièrement singulier : il est composé d’éléments appartenant certainement à la Pieve. Construit de manière simple, l’autel est formé d’une table en pierre de taille sur laquelle est gravée, en chiffres romains “MCXIIII indictione VIII-XVII Kalendis decembris”, le 15 novembre 1114 date de la consécration, soutenue par deux petits piliers de style roman tardif d’une facture remarquable, attribués à des maîtres d’œuvre actifs sur le chantier de la Cathédrale de Modène. Le pilier raffiné de gauche est surmonté d’un chapiteau cubique finement ciselé de feuillage incliné.

Santa Maria della Neve, Piler avec chapiteau à feuillage incliné

Le petit pilier de droite est sans aucun doute le plus singulier : il présente un chapiteau à volutes avec une nette décoration de feuilles et de branches, reposant sur des colonnes ophitiques ou nouées. 

Santa Maria della Neve, Pilier avec colonnes ophitiques

Par colonnes ophitiques, également appelées colonnes nouées, on entend un élément architectural composé de deux colonnes unies par un nœud plat ; le terme « ophitique » dérive du grec ophis, signifiant serpent, auquel l’entrelacement du nœud entre les deux éléments sculptés peut vaguement ressembler. Les exemples connus de colonnes ophitiques se trouvent presque exclusivement dans des édifices religieux de l’époque romane.

Outre la Pieve di Santa Maria della Neve, l’un des exemples les plus anciens avec la Pieve de Gropina dans la province d’Arezzo, on retrouve ces colonnes dans d’autres lieux de culte majeurs comme, pour ne citer que les plus proches géographiquement, la Cathédrale de Modène et celle de Ferrare, les basiliques de San Zeno à Verone et Saint-Marc à Venise, les abbayes cisterciennes de Chiaravalle Milanese et de Chiaravalle della Colomba dans la province de Plaisance, ainsi que l’église  San Michele à Pavie.

Les informations concernant cette typologie particulière sont très rares, celle-ci étant passée presque inaperçue ou ayant été superficiellement indiquée comme un artifice ornemental né de l’inventivité de l’exécutant.  

Toutefois, au cours du Moyen Âge, la colonne ne représentait seulement un élément structurel ou décoratif, mais renvoyait à de multiples significations. C’est pour cette raison que la colonne ophitique revêt un intérêt spécifique. On se demande en effet quelle interprétation attribuer à cette particularité architecturale, assez rare et limitée à des zones géographiques précises, et quels contenus elle pouvait représenter pour les contemporains.  

L’explication la plus immédiate du sens des colonnes ophitiques découle de leur territorialité. Elles pourraient avoir été utilisées comme une marque distinctive par un atelier ou une famille spécifique de bâtisseurs, tels que les Maestri Comacini (Maîtres Comacins). En effet, on retrouve ces colonnes partout où ces maîtres tailleurs de pierre ont prêté leurs habilités constructives et artistiques, faisant de cet élément la matérialisation de leur présence. Mais qui étaient donc ces artisans-artistes ?

Les Maestri Comacini étaient des maîtres d’œuvre, maçons, tailleurs de pierre, stucateurs et sculpteurs, actifs principalement entre le VIIe et le XIIIe siècle, originaires de la région comprise entre le lac de Côme, dont dérive leur étymologie, et le Canton du Tessin.

Les premiers témoignages concernant les Comacini remontent au VIIe siècle, lorsqu’ils sont cités par le roi lombard Rothari dans son Édit de 643, où ils sont désignés comme des « travailleurs du Sacré » (laboratores sacri). 

Les Comacini étaient des artisans itinérants qui se déplaçaient principalement dans le nord et le centre de l’Italie, mais aussi en Suisse, en Allemagne et en France. Ils voyageaient souvent le long des chemins de pèlerinage, diffusant ainsi leurs techniques de construction et leur style décoratif.   

Leur appareil ornemental était d’une grande suggestion, caractérisé par des décors d’entrelacs, des motifs géométriques, des chapiteaux sculptés de figures chimériques et zoomorphes, de télamons et de symboles chrétiens. Parmi les élément iconographiques et allégoriques, les Maestri Comacini privilégiaient les motifs végétaux, les labyrinthes et les colonnes, en particulier les colonnes ophitiques.

Ces maîtres artisans travaillaient dans l’anonymat, mais, au-delà de leur reconnaissabilité stylistique, les édifices romans dans lesquels ils ont opérés présentent ces colonnes qui peuvent donc être considérées comme une véritable signature sculpturale.

Une seconde interprétation de cette singularité architecturale est liée à sa position au sein des édifices de culte. On associe en effet aux colonnes ophitiques une fonction apotropaïque ou de protection, en raison de leur présence aux points d’accès ou aux limites de l’espace sacré. L’analyse des lieux où elles ont été découvertes met en évidence un mode d’utilisation directement lié à cette fonction de protection.  En effet, les colonnes ophitiques se trouvent essentiellement le long du limen sacré, c’est-à-dire dans le portail d’entrée, au niveau des baies géminées périphériques ou à la limite de l’espace du cloître ; cela souligne une volonté de protection contre les influences négatives ou les esprits malins, en lien avec d’anciennes traditions religieuses et mystiques.

Le but symbolique de protéger le lieu de culte et d’éloigner les esprits du mal lie les colonnes ophitiques au puissant archétype biblique des mythiques Jachim et Boaz, les colonnes du Temple de Salomon à Jérusalem. Ces colonnes délimitaient le vestibule de l’édifice sacré (1Roi 7, 15-22 ; 2 Chroniques 3, 15-17) et, en plus de protéger le Temple, elles marquaient métaphoriquement la frontière initiatique entre la Terre et l’au-delà.

Un exemple de cette fonction de séparation entre le monde des vivants et celui des morts, attribuée aux colonnes ophitiques, peut être observé à la Cathédrale de Modène. Ici, les colonnes sont placées à l’entrée latérale, la Porta Regia, qui délimite la cathédrale de l’actuelle Piazza Grande, sous laquelle se trouvait la plus vaste nécropole romaine de la ville.

Modène, Cathédrale, Porta Regia avec colonnes ophitiques

Une autre explication de la présence de ces colonnes réside dans le nœud plat qui le caractérise. Considéré comme la représentation du Nœud de Salomon, ce nœud était lui aussi interprété comme un symbole de protection, une sorte de barrière : on considérait en effet que les entrelacs dont il était formé possédaient le pouvoir occulte de dissiper sorcelleries et maléfices.

Ce type de nœud, utilisé par les bâtisseurs romans, renvoyait aussi bien au Nœud de Salomon biblique qu’à celui d’Hercule, les deux entrelacs étant pratiquement interchangeables dans leur forme. Le nœud du héros mythique grec était probablement plus populaire ; en effet, de nombreuses représentations romaines montraient Hercule qui, après avoir accompli son premier travail, nouait autour de son cou la peau du lion de Némée. Dès l’antiquité on attribuait au nœud d’Hercule, représenté dans les habitations comme sur les champs de bataille, une fonction apotropaïque capable d’éloigner le danger et les forces du mal, une particularité qui s’est maintenue même après l’avènement du christianisme.

La crainte de Dieu, toujours présente dans le quotidien des populations du Moyen Âge, et l’espoir d’une vie meilleure dans l’au-delà motivaient une profonde dévotion qui se manifestait également à travers les pèlerinages pour le salut de l’âme.

À cet aspect peut se rattacher une autre acception des colonnes ophitiques. Selon les édifices où elles étaient placées, elles pourraient représenter une sorte de landmark (pointe de repère), des indicateurs de lieux de culte considérés comme étant d’une importance particulière.

Comme on peut facilement le déduire de l’ensemble des édifices religieux cités où ont ouvré les Maestri Comacini, leur importance peut être rapportée aussi bien à leur valeur pour le territoire et la communauté religieuse de référence qu’à leur proximité avec les grandes voies de pèlerinage, intensément fréquentées durant le Moyen Âge.

Au-delà de tous les concepts et les interprétations abordés jusqu’ici, la valeur spirituelle de cet élément architectural est sans aucun doute la plus importante.

La colonne ophitique renferme en effet une haute signification christologique : dans les sources bibliques, le Christ est défini comme un Temple qui incarne le concept du Sacré (Jean 2, 19-21). Puisque le Christ est Celui qui vainc le mal, Il incarne totalement la fonction apotropaïque évoquée architecturalement au niveau du limen sacré.

La colonne ophitique est donc une image de Christ : c’est Lui le nœud qui unit la Terre et le Ciel à travers sa double nature, humaine et divine.  

En outre, les deux colonnes et le nœud qui les enserre ont été symboliquement interprétés comme les éléments du mystère de la Trinité Divine. De même qu’il y a un seul Dieu en trois personnes, il n’y a qu’un seul élément architectural en trois parties : le Père et le Fils sont représentés par les colonnes, solides et dressées vers le ciel, tandis que le nœud représente le Saint-Esprit, l’amour divin qui unit et élève.   

Le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu est également présent dans les colonnes nouées. En Christ se condensent deux natures, la divine et l’humaine, représentées par les colonnes, mais il n’y a qu’une seule personne, la Personne Divine, rendue visible par le nœud qui unit ces deux natures.

Dans ce contexte spirituel, le nœud pourrait également être interprété comme l’image de l’union solide entre les hommes de foi, avec les idéaux religieux qu’ils témoignent, et Dieu. De plus, comme ces colonnes se trouvent dans diverse abbayes, le nœud pourrait d’autant plus confirmer et soutenir le lien réciproque qui unit les moines dans leur témoignage de foi et conformité à la Règle.

Au-delà de sa signification théologique intrinsèque, il ne nous est pas permis de déduire avec certitude la fonction que ce pilier aux colonnes ophitiques revêtait au moment de son installation à Santa Maria della Neve. En effet, dans une photographie de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle, conservée dans le Catalogo generale dei beni culturali (Catalogue général des biens culturels) on aperçoit le pilier adossé à une paroi ; ce n’est que plus tard qu’il fut utilisé comme support pour la table de l’autel. Nous ignorons donc si la colonne ophitique était placée près du portail d’entrée pour remplir sa fonction de protection, si elle témoignait simplement la présence des Maestri Comacini dans la région, ou si elle confirmait l’importance de la Pieve pour sa communauté locale ainsi que pour les voyageurs, en raison de sa proximité avec les grandes voies de pèlerinage. Il est toutefois indéniable que, indépendamment de sa fonction originelle, la présence de cette typicité architecturale vient enrichir davantage la Pieve de Quarantoli.

                                                                                                                              Traduit par l’auteure

BIBLIOGRAPHIE 

  • La Pieve di Santa Maria della Neve in Quarantoli secolo XII. Guida storico artistica, Editrice Teic, Modena, 1972
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  • F. Reggiori, Comacini Maestri, in Enciclopedia Treccani.it
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  • Valente Moretti, Il pulpito di Gropina. Una splendida meditazione sulla vita di fede, Calosci ed., Cortona, 2004
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