Roberta Paltrinieri – Perle di Cultura – Le Cardinal Pico della Mirandola : L’ombre de la papauté et la lumière des reliques

Roberta Paltrinieri – Perle di Cultura – Le Cardinal Pico della Mirandola : L’ombre de la papauté et la lumière des reliques

16 avril 2026 0
Roberta Paltrinieri

Née à Mirandola, elle est titulaire de plusieurs diplômes de Master 2 (M2) de l’Alma Mater Studiorum, Université de Bologne, avec un profil multidisciplinaire d’excellence en philosophie, littérature, histoire et arts.

Elle a fondé son propre Studio Didattico, une private teaching school, où elle a enseigné pendant plus de vingt ans en tant que private tutor and learning coordinator.

Parallèlement à cette activité, elle a exercé pendant quinze ans comme enseignante de matières littéraires dans les établissements publics de la province de Modène.

Au fils des ans, elle a également complété sa formation par des parcours de spécialisations auprès de prestigieuses fondations italiennes.

Ancienne rédactrice de textes d’art et auteure de fascicules thématiques sur divers sujets spécialisés, elle a animé des séminaires et des conférences également à l’étranger sur l’art italien. 

Elle collabore régulièrement à différents titres avec des professeurs d’université en Italie et à l’étranger.   

Elle est chercheuse indépendante, écrivaine et ghostwriter.

Elle a entrepris sa collaboration avec Al Barnardon portée par la conviction que la culture locale, sous toutes ses facettes, de l’art à l’histoire, de la littérature à la philosophie et aux traditions, constitue un patrimoine inestimable qu’il convient de soutenir et de valoriser.  

LE CARDINAL PICO DELLA MIRANDOLA : L’OMBRE DE LA PAPAUTÉ ET LA LUMIÈRE DES RELIQUES

Pier Leone Ghezzi, Le Cardinal Ludovico Pico della Mirandola, 1703

Ludovico Pico naquit en1668, dernier fils du duc de Mirandola Alessandro II et de Anna Beatrice d’Este. Il passa sa jeunesse à Mirandola, suivi dans ses études par le père somasque Leonardo Bonetti, puis par Fulvio Tangerini, frère, théologien et diplomate de cour. Après son doctorat in utroque iure, titre conféré aux diplômés en droit civil et en droit canonique, il fut destiné à la vie religieuse dès 1683. Après la mort de son père en 1691, il fut impliqué dans la situation difficile du duché, qui passa à son neveu Francesco Maria, fils de son frère décédé Francesco et placé sous la tutelle de sa tante Brigida.

En 1693 il fut contraint d’abandonner Mirandola suite aux accusations de Brigida, qui lui imputait, ainsi qu’à ses frères Galeotto et Giovanni, la tentative d’empoisonnement de Francesco Maria.

Il fut donc contraint à l’exil, d’abord à Bologna, puis à Vienne auprès de l’empereur Léopold Ier de Habsbourg, où il se rendit sur le conseil du cardinal Rinaldo d’Este. Le tribunal impérial, auquel il avait fait appel, le disculpa ainsi que ses frères de l’accusation d’empoisonnement, mais lui imposa de ne pas retourner à Mirandola afin de ne pas troubler les fragiles équilibres politiques atteints.

Il s’installait ensuite à Rome, où il commença sa fulgurante carrière ecclésiastique en occupant de nombreuses et prestigieuses  fonctions : en1706 il est Maître de la Chambre de Clemente XI, Patriarche de Constantinople  et  Assistant au Trône Pontifical; en1707 il est Préfet du Palais Apostolique et Gouverneur de Castel Gandolfo; en 1712 il est nommé Cardinal et en 1717 il devient Camerlingue du Sacré Collège et Archevêque de Senigallia; en 1724 il est Préfet de la Congrégation des Indulgences et des Saintes Reliques; en 1728 il est nommé Cardinal-Prêtre de Santa Prassede, puis suivirent deux autres ordinations, en 1731 comme Cardinal-Évêque d’Albano et en 1740 de Porto et Santa Rufina.

Toutefois ce qui marca sa carrière ecclésiastique fut sa participation à quatre conclaves en 1721, 1724, 1730 et 1740.  Si son nom circula brièvement parmi les papables lors du conclave de 1721, c’est en 1730 que le Cardinal Annibale Albani avança la candidature de Pico, qui ne fut pas élu en raison de l’opposition de l’empereur, qui réussit à mobiliser contre lui 25 Cardinaux, une manœuvre qui poussa Pico à renoncer à sa candidature.  Lors du conclave de 1740 également, le Cardinal Pico émergea comme un possible candidat de compromis entre les factions des Albani et des Corsini, malheureusement sans succès, mais il représentât toujours une figure de proue et de pouvoir au sein de la Curie romaine du XVIIIe siècle.

En sa qualité de prince de l’Église, son activité de mécénat artistique et religieux connut un grand succès, particulièrement à travers la translation des reliques anciennes et la promotion d’importantes interventions décoratives qui valorisèrent le patrimoine artistique et spirituel des lieux de culte.

La recherche des reliques répondait à une exigence de l’Église romaine, établie par le Concile de 1725, qui imposa aux Cardinaux Titulaires des basiliques la reconnaissance officielle des reliques conservées sous les autels dans le but d’en vérifier l’authenticité et la conservation appropriée.

Basilica di Santa Prassede, Rome

Ludovico Pico fut le Cardinal-Prêtre de Santa Prassede de 1728 à 1731, période centrale des travaux de recherche et de plus dès 1724 il occupa la fonction de Préfet de la Congrégation pour les Indulgences et les Saintes Reliques, un titre qui le rendait particulièrement qualifié pour ce type d’investigations. Sa réalisation la plus importante en tant que Cardinal de la Basilique de Santa Prassede fut la découverte des reliques de la sainte titulaire et de sainte Pudentienne, raison pour laquelle son image a été immortalisée dans cet édifice historique.  Outres les reliques des saintes, Pico retrouva également le tombeau du pape Paschal Ier ; en effet, à la mort du pontife en 824, le peuple romain, en raison de tensions politiques, lui refusa la sépulture à San Pietro, c’est pourquoi son successeur, le pape Eugène II, le fit ensevelir à Santa Prassede.

Le Cardinal ordonna de creuser sous le maître-autel, édifié par le pape Pachal Ier au IXe siècle, avec l’intention de retrouver les sépultures originales de sainte Praxède, de sa sœur Pudentienne et d’autres martyrs. Les fouilles, qui eurent lieu entre 1728 et 1734, mirent au jour deux précieux sarcophages antiques, marqués des noms de sainte Praxède et sainte Pudentienne, confirmant ainsi que les dépouilles des saintes avaient été identifiés.

Pour abriter dignement les reliques, Pico confia les travaux de réorganisation du presbytère et de la crypte à l’architecte Francesco Ferrari. Actif à Rome dans la première moitié du XVIIIe siècle et membre de l’Académie de Saint-Luc, Ferrari s’illustrait avec grand succès dans la restauration des églises romanes antiques, suivant les orientations d’un politique de construction pontifical plus prudente après les fastes du XVIIe siècle.   

Les travaux commandés, et constamment supervisés par le Cardinal Pico, comprirent la restructuration du presbytère et de la crypte.

L’espace du presbytère fut modifié par la construction d’une balustrade et l’ajout d’escaliers menant à l’autel. Les marches, faites d’un splendide marbre rouge antique, risquèrent en 1798, durant l’occupation de Rome par les troupes napoléoniennes, d’être démontées et transportées en France sur ordre de Napoléon, qui aurait souhaité ces marbres pour son trône impérial.   

Santa Prassede, Presbytère avec le ciborium et les escaliers

Outre les deux volées d’escaliers latérales montant vers l’autel, une troisième fut construite, descendante, menant à la crypte où furent trouvés les sarcophages contenant les reliques des saintes. Un accès central à la crypte fut ainsi réalisé, sous la forme d’un petit couloir oblique, là où existait auparavant une chambre de dépôt pour les nombreuses reliques déplacées du cimetière de Santa Priscilla par le pape Paschal Ier, y compris celles de Praxède, Pudentienne et de leur père Pudent.

Santa Prassede, Entrée de la crypte

Le couloir se termine par un petit autel orné d’un devant d’autel en marbre cosmatesque aux décorations géométriques polychromes. Au-dessus de l’autel se trouve une fresque du XVIIIe siècle, réfection de celle qui existait dans l’ancienne chambre des reliques et qui fut détruite.

Le Cardinal Pico fit installer sur les côtés du couloir quatre sarcophages à cuve strigilée, superposés deux à deux et séparés par des bandes de marbres. Sur la droite, en bas, se trouve le sarcophage contenant les reliques de sainte Praxède, tandis que les autres conservent les restes de sainte Pudentienne, des martyrs et du pape Paschal Ier.

S. Prassede, La crypte : en bas le sarcophage de la sainte

Au-dessus des réceptacles en marbre sont placés deux cartouches, en latin et en italien, relatant comment “les cendres et les ossements précieux” des saints martyrs transférés par le pape Paschal Ier, furent “par le Cardinal Ludovico Pico della Mirandola…retrouvés en l’an 1729 et dûment scellés furent religieusement replacés dans ces urnes en l’an de l’ère chrétienne 1735”.

S. Prassede, Le cartouche au-dessus des sarcophages

La tête de Praxède est, quant à elle, placée dans l’autel papal du Sancta Sanctorum au sein du sanctuaire pontifical de l’Escalier Saint à Rome. Le précieux reliquaire byzantin en argent qui le contient fut exposé au musée de la Bibliothèque Vaticane de 1905 à1907. Une partie des reliques de sainte Pudentienne fut également transférée en 1803 sous le maître-autel de la basilique qui porte son nom.

Au fond de la crypte, on inséra une dalle de marbre noir qui, selon la légende, serait la pierre sur laquelle Praxède dormait pour mortifier son corps et avec laquelle son tombeau fut refermé.  Sur les côtés se trouvent deux fresques représentant les parents de la sainte, Pudent et Savinilla (ou Sabine).

L’intervention de restructuration voulue par le Cardinal Pico avait un double objectif : authentifier et valoriser les reliques retrouvées puis exposées dans la crypte, et moderniser le presbytère en lui conférant un aspect plus harmonieux et cohérent avec le style baroque tardif de l’époque. Pour l’occasion, un tableau commémoratif fut également commandé à Domenico Maria Muratori, intitulé “Sainte Praxède recueillant le sang des martyrs” (1735) ; célébrant l’acte de piété de la sainte, cette œuvre devint le point d’orgue visuel du presbytère rénové par Pico.

Domenico M. Muratori, Sainte Praxède recueillant le sang des martyrs

Le tableau rappelle ce que les Leggendari romains, récits légendaires composés entre le Ve et le VIe siècle et très diffusés au Moyen Âge, rapportent sur la vie et les œuvres de la martyre. 

Le sénateur romain Pudent, père de Praxède et de Pudentienne, fut parmi les premiers membres de la haute société à se convertir au christianisme, suivi par ses filles. Pudent possédait une villa, dont les vestiges se trouvent à neuf mètres sous l’actuelle basilique et dont les quatre colonnes de porphyre rouge du ciborium sont le témoignage, où il cachait les chrétiens persécutés.

Après que Pudent eut subi le martyre, Praxède et Pudentienne firent construire, avec le consentement du pape Pie Ier, un baptistère dans l’église fondée par leur père. Pudentienne subit elle aussi le martyre durant les persécutions d’Antonin le Pieux, qui se poursuivirent tout au long du règne de l’empereur de 138 à 161 apr. J.-C. ; il ne s’agissait pas de persécutions systématiques, mais de condamnations à mort fondées principalement sur des dénonciations individuelles et sur le fanatisme, et non sur un édit général de l’empereur.

À la mort de sa sœur, Praxède utilisa le patrimoine familial pour faire construire une église “sub titulo praxedis”, comme le rapporte une plaque plus tardive datée de 491 apr. J-C. La jeune femme cacha de nombreux chrétiens persécutés et recueillit les corps des martyrs pour les ensevelir dans le cimetière de Priscilla, sur la Via Salaria, où elle-même trouva sépulture après son martyre, aux côtés de sa sœur et de son père. 

Certains récits hagiographiques racontent que Praxède et Pudentienne donnaient sépulture aux martyrs dans les puits situés au sein des vastes propriétés de leur père, tandis que d’autres rapportent que la jeune femme recueillait le sang des martyrisés en le versant dans un puits. Cependant, ces deux actions paraissent improbables : la première parce que la décomposition des corps aurait infesté l’eau des puits et les campagnes environnantes, provoquant une odeur insupportable et de vastes épidémies ; la seconde parce que recueillir le sang des morts était, à l’époque, une pratique tout à fait inhabituelle.

L’église actuelle est le fruit du remaniement de 817 par le pape Paschal Ier, qui fit construire un nouvel édifice sacré à la place du précédent pour recueillir les ossements de 2300 martyrs enterrés notamment dans le cimetière de Priscille. Le 20 janvier 817 le pape les fit transférer à l’intérieur de la ville pour les distribuer dans diverses églises ; à Santa Prassede ils furent déposés dans la crypte sous le maître-autel, où furent également transférées de très nombreuses reliques provenant des catacombes de Saint-Alexandre sur la Via Nomentana.

Après une vie consacrée à l’Église, le Cardinal Ludovico Pico mourut à Rome le 10 août 1743, dans son palais situé près de la basilique des Santi XII Apostoli, où se tinrent ses funérailles. Sa dépouille fut ensuite transférée dans la nouvelle église du Santissimo Nome di Maria près de la colonne Trajane, également à Rome, dont il été un généreux bienfaiteur et dont il avait promu la construction en 1738, et où il fut enterré selon sa volonté. Dans l’église, près du maître-autel, se trouve une plaque commémorative qui rappelle l’illustre Cardinal.  Par ailleurs, à Santa Prassede le Cardinal Angelo Maria Querini, érudit, collectionneur et Cardinal Titulaire de la basilique, composa et lut un éloge funèbre en l’honneur de son grand prédécesseur. Toujours à Santa Prassede, pour laquelle le cardinal Pico avait fait preuve de tant d’engagement et de dévotion, une plaque de marbre située à côté du presbytère et datée de 1730 rappelle son œuvre méritoire.

Santa Prassede, Plaque en l’honneur des travaux du Cardinal Pico

Pour souligner sa foi et sa dévotion envers l’Église, le Cardinal Pico laissa dans son testament un legs pour trois cents messes, deux cents à célébrer dans les églises de Rome et cent dans le diocèse d’Albano, dont il avait été Cardinal-Évêque.

                                                                                                                               Traduit par l’auteure 

 Bibliographie :

  1. G. Paviolo, I testamenti dei cardinali: Ludovico Pico della Mirandola (1668-1743), Lulu, 2019 S. Tabacchi, Pico Ludovico, in Dizionario Biografico degli italiani, in Enc. Treccani, vol.83, 2015
  2. Ceretti, Biografie pichensi, III, Mirandola, 1911

Ludovico Pico della Mirandola, in www.cathopedia.org;

Pico della Mirandola Ludovico, in www.performart.huma-num.fr

  1. Ballardini, M. Caperna, A Santa Prassede nella Gerusalemme nuova, in Convivium, Univ. Masaryk, Brno, 2020
  2. Caperna, La basilica di Santa Prassede: il significato della vicenda architettonica, Quasar, Roma, 2014
  3. Gallio, La basilica di Santa Prassede, Ed. Marconi, Genova, 2000
  4. Rendina, Le chiese di Roma, Newton Compton, Roma, 2000

Storia della Roma papale. Basilica di Santa Prassede, in www.borgato.be

C.G. Coda (a cura di), Duemilatrecento corpi di martire: la relazione di Benigno Aloisi (1729) e il ritrovamento delle reliquie nella basilica di S. Prassede in Roma, Roma, 2004

  1. Federici, La notitia martyrum di S. Prassede, in Bollettino storico italiano per il Medio Evo, 1949 H. Delehaye, Les légendes hagiographiques, Bruxelles, Société des Bollandistes, 1905
  2. Delehaye, Étude sur le Légendier romain : les saints de novembre et de décembre, Bruxelles, Société des Bollandistes, 1936

Santa Prassede di Roma, martire in www.santiebeati.it

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